mercredi 10 août 2016

Interview d'Olivier Berlion et de Marc Omeyer

Voici une interview parue il y a quelques jours sur le site "bande dessinée info" :

Olivier Berlion et Marc Omeyer (L’Art du crime) : "Notre désir était que chaque album ait la richesse d’un roman et l’impact émotionnel et sensoriel d’un film"


Olivier Berlion est un auteur ô combien prolifique avec une bibliographie considérable. Il revient en 2016 avec L’Art du crime, une ambitieuse nouvelle saga chez Glénat et poursuit son triptyque judiciaire chez Dargaud avec Le juge.

Avant de nous pencher sur votre actualité, j’aimerais savoir si le polar est le style dans lequel vous êtes le plus à l’aise ?
Olivier Berlion : Le polar est pour moi un style automatique qui m’inspire énormément. L’intérêt de ce genre à mon sens est qu’il oblige l’auteur à mettre les personnages en mouvement, à raconter une mutation qui s’opère au fil du récit.
 
N’avez vous pas peur de vous enfermer dans ce style ?
Olivier Berlion : Absolument pas, car la grande force du polar c’est qu’on peut le retranscrire à travers toute l’Histoire et pour tous les publics, comme j’ai pu le faire avec Sales Mioches chez Casterman en adaptant ce style pour un jeune lectorat.
 
Y’a-t-il un style qu’il vous plairait d’aborder dans un prochain album comme le western ou encore l’heroic-fantasy, que ce soit à l’écriture ou au dessin ?
Olivier Berlion : Très sincèrement, je ne pourrai dire car le polar est vraiment le domaine où je me sens le plus à l’aise. Et d’aventure, si je devais m’orienter vers un genre différent, il y aurait toujours du polar en trame de fond. En ce qui concerne le western, j’ai fait une sorte de tentative avec Le Kid de l’Oklahoma, mais c’était du polar. Et je ne me risque pas à un western "traditionnel" car j’ai du mal à dessiner les chevaux (rires).
J’aimerais sincèrement revenir à la bd jeunesse, car je trouve que c’est le lectorat le plus naturel. En effet, leur sincérité et leur passion me motivent à faire des albums. Cela en devient presque une frustration, car mon dernier projet jeunesse remonte à 2012.
 
Enfin, exceptés L’Art du crime et Le juge, quels sont vos futurs projets ?
Olivier Berlion : J’ai plusieurs choses en préparation, mais rien d’officiel car rien n’est signé. Il s’agit d’un polar pendant la prohibition et d’un éventuel retour de Tony Corso.
 
 
Vous signez la nouvelle série ambitieuse de chez Glénat, ce projet est en réflexion depuis combien de temps ?
Olivier Berlion : L’idée initiale est née lors de ma rencontre avec Marc Omeyer lors d’un festival à Valence. Il m’a raconté ses histoires, et j’ai vu qu’on pouvait en faire des albums. Les histoires de la série ont résulté après six mois de correction.
Marc Omeyer : L’Art du Crime est né de notre rencontre au Festival des scénaristes de Valence en 2012. Entre nous, le courant est passé tout de suite et très vite nous avions déjà les deux premières trames et la ligne éditoriale. À partir de là, nous avons voulu travailler tous les récits en amont, pour présenter aux éditeurs un projet solide et cohérent. Dès le début, notre focus était d’aller au bout de notre écriture, des thématiques propres à chaque art, de la vérité des personnages. Et de le faire dans une narration attractive et fluide. Le plaisir et l’exigence... Puis en 2013 l’arche narrative a évolué, avec l’importance du personnage de Rudi et la mise en place de « l’histoire au-dessus de l’histoire ». C’est vraiment à cette date que le projet a pris toute sa dimension. Avec Glénat nous voulions respecter un rythme de parution de deux albums tous les six mois. Nous avons donc peaufiné les découpages de chaque album et les dessinateurs ont commencé eux aussi à entrer dans l’aventure.
 
Une série aussi longue n’est il pas un risque dans le climat éditorial actuel ?
Olivier Berlion : Absolument, c’est un risque ! Surtout que Marc et moi voulions neuf tomes ou rien. Puis après plusieurs prise de contact avec divers éditeurs, Glénat fut le plus réactif, de plus j’avais une réel volonté de travailler avec eux depuis Histoires d’en Ville.
Plus précisément, nous avons vendu le projet à Glénat sur l’accroche "neuf arts, neuf crimes, neuf histoires". L’idée était de souligner que chaque album était indépendant. C’est dans un second temps qu’est venue l’arche qui apportera une dimension vraiment unique à L’Art du Crime, une sorte d’architecture qui va permettre à tous les morceaux du puzzle de s’emboiter. Les lecteurs en découvriront plus au tome 5, l’album sur le cinéma, qui sera un tome charnière. Mais l’ensemble se révélera pleinement au tome 9 consacrée à l’audiovisuel, et surtout... à Rudi.
 
 
Le choix des auteurs participant est-il le vôtre ? Et ces auteurs ont ils été difficile à convaincre ?
Olivier Berlion : Oui et non, nous voulions travailler avec certains, mais ils n’étaient pas libres. Après, c’est l’éditeur qui nous a communiqué une liste. Mais nous sommes ravis de notre collaboration avec eux. Les auteurs ont été séduit par la série car c’est un challenge autant pour nous que pour eux.
Ils ont pour mission de concevoir une couverture évoquant un art mais sans pouvoir le nommer et de respecter un rythme éditorial prédéfini.
Chaque auteurs est averti au préalable sur l’architecture d’ensemble de l’histoire, tout en gardant une grande liberté dans ce scénario puissant et riche. Je pense que c’est cette liberté qui leur à plu, puis nous nous sommes adaptés selon l’auteur.
 
Avez vous eu un droit de regard ou des envies sur les dessinateurs participants à la série ?
Marc Omeyer : Oui bien sûr ! Nous avons la chance d’avoir toutes les clés créatives du projet. Nous en sommes les maitres d’oeuvre. Et l’entente avec Franck Marguin et toute l’équipe Glénat nous permet d’être associés à toutes les décisions concernant le projet. Un point important pour la cohérence.
 
Le premier tome débute avec le Neuvième Art, était-il important de promouvoir celui-ci en premier ?
Olivier Berlion : Oui car dans l’histoire la BD va rendre hommage aux autres arts, notamment à la fin. Et il était important pour moi en passionné depuis toujours par ce média de le mettre en avant. Personnellement la bande dessinée a changer ma vie, je tenais à la mettre sur le même pied d’égalité que des arts plus anciens et "prestigieux" selon l’inconscient collectif. Mais la véritable question sous-jacente de la série est "qu’est-ce que l’art ?" Avec notre réponse à la fin.
Marc Omeyer : Oui, l’idée était de mettre la BD à l’honneur, d’en faire pour une fois le premier des arts. Notre désir était que chaque album ait la richesse d’un roman et l’impact émotionnel et sensoriel d’un film, le tout en 46 pages. Un défi un peu fou mais nous savions tous deux justement à quel point la BD par son langage propre est un médium infini. Elle permet d’exprimer à la fois les moindres nuances du coeur humain, elle peut provoquer des sensations de lectures intenses. Et puis faire de la BD le premier des arts était tout simplement logique dans la perspective de Rudi, car tout commence par la quête de cette BD culte des années 40, La Piste de Mesa Verde, qui a un rôle central dans le tome 1.
 
 
Le personnage de Rudi est la pierre angulaire de l’histoire. Pourtant il est à peine évoqué dans le tome 2. Pouvez-vous nous en dire plus sur son rôle dans les prochains albums ?
Olivier Berlion : Je ne peux rien dire sans dévoiler l’intrigue (rire), mais son apparition dans le second tome est une concession avec l’éditeur car à la base il n’apparaissait pas. Après réflexion avec Marc nous sommes dit qu’il serait un lien entre chaque album.
 
Ce travail à deux au scénario, vous permet-il une plus grande liberté ?
Olivier Berlion : Ce n’est pas la première fois que je travail ainsi, ce fut le cas notamment sur La Lignée chez Grand Angle. Mais je dois dire que ma collaboration avec Marc est d’une complémentarité extraordinaire. Il a su utiliser son expertise pour le côté cinématographique de la série, quant à moi il m’a laissé libre pour mon tome sur le découpage par exemple. C’est une collaboration sans compromis, on a réécrit jusqu’à huit versions de certaines histoires. L’Art du crime, c’est la complémentarité totale sur une histoire qui nous échappe presque...
Marc Omeyer : La liberté nous la prenons dans les phases individuelles de réflexion, dans nos approches respectives de ces récits. L’écriture en duo apporte surtout à la fois une exigence supplémentaire et aussi l’énergie pour aller au bout de ce projet, qui demande un immense investissement. Être deux est une force, il y en a toujours un pour garder le cap et tenir le flambeau de notre ambition initiale. Et puis il y a Rudi, qui nous guide...